(1) « Les gnocchis de l'automne : ou réponse
à quelques questions me concernant », première
publication dans Cause commune (n° 1, mai 1972), réédité
dans Je suis né, Seuil, 1990, collection «
La librairie du XXe siècle », p. 72.
(2) . Il s'agit du carnet numéroté 116,5
dans le fonds manuscrit privé Georges Perec. Ce fonds,
auquel je me référerai souvent dans cet article,
est en dépôt à la bibliothèque de l'Arsenal,
sous la responsabilité matérielle de l'association
Georges Perec. « Le petit carnet noir » a été
étudié et publié par Philippe Lejeune dans
les Cahiers Georges Perec n° 2, également Textuel
34/44 (revue de l'UFR « Science des textes et documents
», Université Paris 7) n° 21, 1988 ; réédité
en 1998, 172 p.
(3) . Dans le carnet noir, à la date du 7 septembre
(Cahiers Georges Perec n° 2, p. 162). Ou dans le document
cité par P. Lejeune p. 118 de La Mémoire et l'Oblique
: Georges Perec autobiographe, P.O.L, 1991. Feuille arrachée
à un cahier à spirales, comportant l'extrait d'un
journal, daté du 30 mai [1970] : « Je peux rester
des heures à faire des réussites au lieu d'écrire
W. » (Ms 71,1,1,5 r°.)
(4) . Il s'agit de plus de cent oeuvres, peintes sur
papier au Moulin d'Andé au moment de l'écriture
de La Disparition.
(5) . Georges [...] Perec : propos amicaux à
propos d'Espèces d'espaces, France, 1 h 11 min,
coproduction La Sept Arte et Les Producteurs associés,
diffusé sur Arte le 16 mars 1999 à partir de 21
h 55. (Soirée Georges Perec : l'écriture
mode de vie.)
(6) . Texte cité page 160 des Cahiers Georges
Perec n° 2.
(7) . L'opposition entre écriture et iconique
qui se dégage des avant-textes ne doit pas être comprise
comme une exclusion, entre deux systèmes isolés,
mais plutôt comme une concurrence entre systèmes
solidaires. De fait, comme « toute uvre littéraire
», celle de Perec « est d'essence polysémiotique.
[...]Que ce soit en avant-texte, à son stade de germination,
que ce soit au niveau du texte imprimé, ou que ce soit
au niveau de sa lecture par un lecteur concret ou de sa diffusion
et de ses récritures ultérieures, toute uvre est,
pour qui la conçoit ou la reçoit, une combinaison
de signes (écrits), de consignes (de lecture, plus ou moins
implicites ou explicites), d'indices et de symptômes (renvoyant
à un extratexte biographique) et d'icônes (entités
analogiques du réel qu'elles signifient : images, cartes,
dessins, photographies, schémas, calligrammes, diagrammes,
maquettes, etc.). » (Philippe Hamon, « Génétique
du lieu romanesque : sur quelques dessins de Zola » dans
Cahiers de narratologie, n° 8, Création de
l'espace et Narration littéraire, p. 28.)
(8) . Denoël, 1975. Je citerai ici la réédition
de 1990, 226 p.
(9) . L'Arc n° 76, Georges Perec, p. 79.
Le dessin a été publié sous le titre « Autobiographie
» avec une photo de la rue Vilin, trois photos d'enfance
et une photo de tournage des Lieux d'une fugue. Ms 49,2,6
r°.
Par ailleurs, en 1975, Perec avait prêté un dessin
à La Quinzaine littéraire pour illustrer
un compte-rendu de W ou le Souvenir d'enfance : la reproduction
a été faite à partir d'un feuillet plié,
ce qui fait que deux dessins de militaires l'un au recto,
l'autre au verso s'y trouvent côte à côte.
Jean-Baptiste Mauroux, « Les vestiges souterrains d'un monde
oublié » dans La Quinzaine littéraire
du 1er juin 1975, p. 11-12. Le dessin est reproduit p. 12. Il
porte aujourd'hui la cote 71,4,7 (r° et v° !).
La biographie de David Bellos donne un autre exemple, p. 117.
Georges Perec : une vie dans les mots, Seuil, 1994, 829
p. Version française de Georges Perec : a life in
words, établie à partir de l'anglais par Françoise
Cartano et l'auteur. Cote du document : 49,2,23.
(10) . « Perec en Suède » dans Bulletin
(association Georges Perec) n° 34, décembre 1998, p.
23. Cet ensemble, qui avait fait l'objet d'une vente aux enchères
au profit de La Quinzaine littéraire, concerne particulièrement
W ou le Souvenir d'enfance, puisqu'il comporte un manuscrit
du texte de souvenirs. Les leçons de ce manuscrit ont fait
l'objet d'une journée d'étude, le 5 juin 1999, à
l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm.
(11) . Feuillets 71,4,9 à 71,4,11 ; le feuillet
71,4,12 est une feuille millimétrée vierge. La «
Partition graphique de Souvenir d'un voyage à Thouars
» a été éditée dans les Cahiers
Georges Perec n° 1, Colloque de Cerisy : (juillet
1984), P.O.L, 1985, p. 301-306 (en particulier p. 306).
(12) . Jacques Neefs et Hans Hartje, Georges Perec
images, Seuil, 1993, 192 p.
(13) . Le feuillet 71,4,17,2,v°, par exemple, représente
un personnage dont la moitié du visage est plongée
dans une ombre absolue, ombre qui ne marque absolument pas son
veston (dessin tardif). Autre exemple, l'expression d'effort de
l'haltérophile du feuillet 71,4,4 r° est dessinée
d'une façon à la fois sommaire et très expressive
(dessin daté d'avant 1949).
(14) . 71,4,6 v°. J'ai aussi remarqué de petits
parachutes sur une page de cahier (71,4,60,1 v°).
(15) . Cité dans La Mémoire et l'Oblique,
p. 95. Je n'ai pas observé de dessin d'enfant représentant
la lettre W.
(16) . Voir supra.
(17) . Une trace de ce thème, à valeur
déchiffrante encore, intervient à la toute fin du
chapitre XXXVI (au moment où le référent
concentrationnaire apparaît le plus nettement sous la fiction
olympique) : « il faut voir fonctionner cette machine énorme
dont chaque rouage participe, avec une efficacité implacable,
à l'anéantissement systématique des hommes
» (p. 218). Daniel Canty a proposé une lecture du
fonctionnement de l'île W , en le comparant à celui
d'un logiciel : « Inexistence de la machine dans W de
Georges Perec » dans Cahier de recherche n° 18,
Entre science et littérature : groupe S.E.L. (savoirs
et littérature), Montréal, CIADEST, 1994, p. 43-58.
Une de ses suggestions est de comparer le fonctionnement de l'île,
fermée sur elle-même, avec le fantasme d'un autiste,
« fantasme de calcul et d'épuisement » (p.
56) : c'est ainsi qu'il explique pourquoi Gaspard Winckler, enfant
autiste, est évacué de la fiction. Remarquons à
ce propos que dans certains avant-textes, l'enfant devait devenir
le maître de l'île : documents cités page 104
et 105 de La Mémoire et l'Oblique, ms 71,3,76 et
71,3,77.
(18) . L'Identité en question : une lecture
de la partie fiction de W ou le Souvenir d'enfance de Georges
Perec, accompagnée d'une édition critique et génétique,
université de Paris III, UFR de Lettres modernes, Doctorat
nouveau régime, sous la direction de Claude Debon, 1996,
vol. 1, p. 216-217. Elle fait également apparaître,
p. 177-187, les connotations des prénoms de Cæcilia
et de Cécile, sainte soumise au supplice, femme aveuglée
(dans de nombreuses représentations). Any Dayan-Rosenman
a également étudié les rapprochements entre
Cyrla et Cæcilia, rappelant le rêve 124 de La Boutique
obscure, « La dénonciation » : «
C'est au terme d'un long voyage par bateau que nous atteindrons
le camp. » (Dire la mort dans W : de Cæcilia
Winckler à la marchande d'allumettes. Communication au
séminaire Perec, le 18 janvier 1997.)
L'utilisation du verbe sombrer est sans doute significative, tant
ce verbe est proche de sombre et ombre, les ombres étant
un thème récurrent dans le texte et le paratexte
de W ou le Souvenir d'enfance, en relation avec la mort
des parents.
(19) . Dans la partie de souvenirs : passage du chapitre
XIII cité ci-dessus, page 5. La narration du naufrage se
trouve p. 80 de W ou le Souvenir d'enfance (chapitre XI).
(20) . Je reprends des éléments déjà
remarqués, en particulier par Ewa Pawlikowska, qui rapproche
également ces filins de ceux des attaches rostrales dont
l'enfant Perec rêve au chapitre XXI. « Une biographie
intertextuelle » dans les Cahiers Georges Perec n°
2, op. cit., p. 68.
(21) . Le chapitre XXVI raconte comment les enfants sont
conçus sur W : par un viol collectif.
(22) . Leçon littéraire sur W ou
le Souvenir d'enfance de Georges Perec, Presses universitaires
de France, 1997, coll. « Major », chapitre «
L'allégorie prise en défaut », p. 97-100.
(23) . Marc JOVE, Jeux duels, Ile : formes du
double dans W ou le Souvenir d'enfance de Georges Perec,
maîtrise, 1990, 000. Voir pour le relevé de ces incohérences
les pages 42-44.
(24) . Sur cette réécriture de Jules Verne,
voir Vincent BOUCHOT, « L'intertextualité vernienne
dans W ou le Souvenir d'enfance » dans Etudes
littéraires, XXIII, n° 1-2, Georges Perec
: écrire/transformer, été 1990, 000, p. 111-120.
Voir aussi Geneviève MOUILLAUD-FRAISSE, « W ou le
Souvenir d'enfance : une réécriture multiple »
dans Cahiers Georges Perec n° 2, p. 75-91.
(25) . Le Magazine littéraire n° 316,
décembre 1993, p. 40-42. Delphine Godard a également
montré que les titres sportifs de W sont souvent des noms
de sportifs célèbres lors de l'adolescence de Perec.
(P. 308-321 de sa thèse : « Une onomastique aussi
subtile que rigoureuse ».)
(26) . Voir p. 286-321 de L'Identité en question.
(27) . Delphine Godard donne par exemple la réplique
d'un schéma représentant la répartition des
quatre villages de W, p. 288 de sa thèse (ms 71,1,1,2 r°).
Ce schéma correspond au début du chapitre XIV. On
en trouve une autre version en marge du manuscrit 71,3,92,1 r°,
où s'écrit ce passage.
Les comptages sont nombreux : titres (71,1,1,7,1 v°), épreuves
(71,1,1,7,4), régime alimentaire (71,3,59,1 r°)
(28) . L'autisme de l'enfant pourrait avoir été
choisi en référence à Gilbert DURAND, puisque
cet auteur met en relation imaginaire de la dissociation et autisme
: « la Spaltung [...] est le prolongement représentatif
et logique de l'attitude générale autistique. En
la Spaltung c'est moins sur l'attitude caractérologique
de « se séparer » que sur le comportement représentatif
de « séparer » que nous ferons porter l'accent.
Le Rorschach met bien en évidence la Spaltung. C'est ainsi
que la planche III, où il apparaît tout naturel de
voir des garçons de café, des bonshommes, etc, est
interprétée d'une façon morcelée :
le sujet ne voit plus que la tête, le cou, les bras. Sans
cesse reviennent dans les descriptions schizomorphes des termes
tels que « coupé, partagé, séparé,
divisé en deux, fragmenté, ébréché,
déchiqueté, rongé, dissous », qui mettent
en évidence jusqu'à l'obsession le « complexe
du glaive ». Les Structures anthropologiques de l'imaginaire,
1969, 10e réédition : 1984, p. 210.
(29) . William Ritt et Clarence Gray, La Forteresse
de la peur (8-1-1938 11-2-1939). Les strips, parus en France
dans des magazines, ont été réédités
en deux volumes par Futuropolis (1985), avec une nouvelle traduction
de Pierre Charras (Luc Bradefer redevient Brick Bradford).
Dans cette aventure, Luc Bradefer se dirige non sans mal (son
avion s'abîme dans la mer, le paquebot qu'il emprunte ensuite
sombre) vers une forteresse peuplée de descendants de la
secte des Assassins, forteresse qu'il prend d'assaut avec ses
compagnons, permettant sa transformation en Forteresse de l'amitié.
Perec avait envisagé dans les avant-textes de raconter
l'entrée d'un personnage dans la Forteresse, mais il a
finalement renoncé à ce topos, et il n'y a plus
de fil narratif auquel se rattacher dans la deuxième partie
de la fiction. Philippe Lejeune a également noté
que la déception des attentes du lecteur provenait de la
nature parodique de la fiction, de la nécessité
de la lire au second degré : d'accompagner, peut-être,
dans sa lecture le travail de déchiffrement opéré
par l'écriture de la fiction.
(30) . Au chapitre II, Perec le constate. (Voir le passage
cité infra.)
(31) . « Les sutures dans W ou le Souvenir d'enfance
» dans Cahiers Georges Perec n° 2, p. 27-44.
En particulier p. 30. Bernard Magné définit les
sutures comme « des lexies similaires, par récurrence
ou par ressemblance, situées dans deux chapitres contigus
appartenant à des types de texte différents (fiction
et autobiographie) » (p. 28).
(32) . Ce passage a notamment été étudié
par Delphine Godard, dans sa thèse, p. 200-210, et par
Annie Dayan dans sa communication au séminaire Perec, le
18 janvier 1997 : « Dire la mort dans W : de Cæcilia
Winckler à la marchande d'allumettes ». Par une nouvelle
suture, ce sont des lettres qui sont déchiffrées
dans le chapitre suivant (et c'était une lettre
qui portait le blason d'Otto Apfelstahl) : dans les sutures qui
relient les chapitres II à IV, on observe un passage du
dessin à la lettre, en passant par une lettre/missive ornée
d'un dessin.
(33) . Ces hésitations prolongent des variations
significatives dans l'écriture du souvenir au cours de
sa genèse : dans une première version, le dessin
est une aquarelle, le fond est brun et c'est l'ours qui est ocre
; c'est par ailleurs un ours en peluche. Cela pourrait permettre
de justifier l'emploi du terme ourson par l'enfant (mais
pas le pluriel) : l'ours en peluche représente plus un
ourson qu'un ours adulte ; reste une différence entre la
dénomination et le représenté, à un
autre niveau. « Je ne reconnaîtrais pas davantage
ma maison natale si je l'avais sous les yeux, ni l'appartement
de ma grand-mère ni l'école où j'appris à
lire et d'où un jour je revins en dansant tenant triomphalement
ds main une aquarelle c'était un ours en peluche,
ocre sur fond brun. » (Ms 71,1,94,14.) Le souvenir raconté
par le livre a été amplement analysé par
Bernard Magné dans les Cahiers Georges Perec n°
5 (1992, p. 79 et sq.), dans une perspective différente.
(34) . La dislocation est également placée
au centre du livre par sa construction, bien mise en valeur par
la quatrième de couverture du livre lui-même : Perec
y évoque « cette rupture, cette cassure qui suspend
le récit autour d'on ne sait quelle attente, [dans laquelle]
se trouve le lieu initial d'où est sorti ce livre, ces
points de suspension auxquels se sont accrochés les fils
rompus de l'enfance et la trame de l'écriture. »
La rupture et la liaison sont des caractéristiques de l'écriture
de W ou le Souvenir d'enfance, et de l'écriture
perecquienne en général, ce qui a conduit Bernard
Magné à parler « d'autobiographème
de la cassure ».
(35) . Quel petit vélo à guidon chromé
au fond de la cour ? Denoël, 1966. Je cite la réédition
Gallimard, 1982, coll. « Folio ». P. 89-90.
(36) . Voir à ce propos La Mémoire et
l'Oblique, op. cit., qui cite le passage concerné
de L'Espèce humaine p. 116. Le feuillet 71,1,80,1
est cité p. 114 du même livre.
(37) . P. 205, ch. XXXIV. On pourrait aussi rapprocher
le passage du seul autre passage où un mot de la famille
d'obstination apparaît, à la fin du chapitre
XXX : « Lentement, au fil des mois de la Quarantaine, la
fière devise olympique se grave dans la tête des
novices. Très peu tentent de se suicider, très peu
deviennent vraiment fous. Quelques-uns ne cessent de hurler, mais
la plupart se taisent, obstinément. » (P. 190.) Je
m'appuie ici sur l'index établi par Frank Hoyer dans sa
maîtrise, dirigée par Bernard Magné (UFR de
Lettres, université de Toulouse-le-Mirail) : Mise à
l'index d'un récit : W ou le Souvenir d'enfance
de Georges Perec, 1987, 304 p. Je remarquerai que de nombreux
mots utilisés dans ce passage (facies, inhumain, rigide,
énumérer) ne sont pas répétés
dans le livre, alors que ses thèmes autoriseraient leur
réemploi. D'où un relatif isolement du dernier chapitre
par rapport au réseau du livre : il le conclut en en déplaçant
les termes.
(38) . On peut le montrer par exemple en partant de la
description d'un dessin de Saül
Steinberg p. 58-61 d'Espèces d'espaces (Galilée,
coll. « L'espace critique », 1974, rééd.1988).
Cette description est comme les dessins d'enfants de W
effectuée in absentia. Il s'agit d'un inventaire.
Après cet inventaire, on a un paragraphe de considérations
sur l'heure, l'absence de télévision ou de radio,
la propriétaire supposée. Le dernier paragraphe
de cet ensemble commence par « Un examen plus attentif du
dessin permettrait sans peine d'en tirer les détails d'un
volumineux roman ». Il donne ensuite plusieurs exemples,
un des premiers étant « le monsieur qui dort sur
son inconfortable divan est sans doute un professeur : c'est à
lui qu'appartient la serviette de cuir et il a sur son bureau
quelque chose qui ressemble fort à un paquet de copies
». Or, sans avoir le dessin sous les yeux, on ne peut relier
ces éléments du dessin, qui ont été
dissociés par la liste. On a d'un côté un
« individu adulte de sexe masculin », d'un autre côté
un divan qui « sert inconfortablement de lit », plus
loin « 1 serviette de cuir », en fin de liste un objet
« difficilement identifiable » parmi de nombreux autres.
Et le contexte, les relations de proximité qui auraient
permis de donner un nom à ce dernier objet, comme d'identifier
la profession de l'individu, sont absents. Et c'est le projet
de roman, de fiction qui recrée ces liens dans un second
temps. De surcroît, l'inventaire interdit de situer les
éléments dans l'espace du dessin : ce qui caractérise
l'inventaire, c'est avant tout son absence de repères.
Et l'irruption du narratif, à la fin de l'avant-dernier
paragraphe (« elle a eu des revers de fortune et a été
obligée, non seulement de transformer sa maison en meublé,
mais de scinder en deux ses deux plus belles pièces »)
suit directement l'établissement de repères spatiaux,
dans une parenthèse : « (elle n'est pas au premier,
comme je l'ai d'abord cru, mais, vu la position du porche, au
rez-de-chaussée, et ce que j'ai appelé rez-de-chaussée
est en fait un sous-sol : la maison n'a que deux étages)
». On voit donc que l'énumération, la description
du dessin en dissocie les éléments tandis que la
narration recrée des relations entre ceux-ci.
(39) . En marge de l'écriture, mais pas forcément
en marge du texte-même, comme je l'ai indiqué ci-dessus.
(40) . Même spatialisation, pour la construction
de la fiction cette fois, pour le schéma des villages de
W mentionné ci-dessus (ms 71,1,1,2 r° et 71,3,92,1
r°).
(41) . Mireille Ribière, « En marge du «
Cahier des charges » de La Vie mode d'emploi »,
dans Actes du colloque international Georges Perec : 17-19
octobre 1996, Cluj-Napoca (éd. Yvonne Goga), Cluj-Napoca
(Roumanie), Dacia (éd.), 1997, p. 67-76.
Le Cahier des charges de La Vie mode d'emploi, CNRS Editions/Zulma,
coll. « Manuscrits », Paris/Cadeilhan, 1993, 304 p.
(42) . Ewa Pawlikowska, « Insertion, recomposition
dans W ou le Souvenir d'enfance de Georges Perec »
dans Penser, Classer, Ecrire : de Pascal à Perec
(dir. Béatrice Didier et Jacques Neefs), Saint-Denis, Presses
universitaires de Vincennes, 1990, p. 175. Le feuillet 71,1,94,8
v° est reproduit p. 178.
(43) . Je reprends le terme de médiation à
Mireille Ribière, op. cit., page 72.
(44) . Il n'y a pas de dessin dans le tapuscrit définitif
(dossier 84).
Il me faut encore mentionner les feuillets 71,3,63 à 71
qui portent non des dessins, mais de petits décalcomanies
d'avions, de fusées, et même d'une station interplanétaire.
(Le feuillet 71,3,66 porte un décalcomanie de Y.) Je suppose
que la réalisation de ces décalcomanies, contemporaine
de l'écriture (le Lance-Soyouz de 1969 est représenté
sur le feuillet 71,3,69), était un dérivatif éloignant
de l'écriture. En tout cas, je ne vois pas en quoi elle
a pu servir celle-ci, si ce n'est à titre de mouvement
de retour à l'enfance : il s'agirait de calquer une pratique
enfantine, la figuration de machines volantes.
(45) . Ts 71,3,15 v°, dessins reproduits à
la page 272 de la thèse de Delphine Godard.
(46) . L'Ile de rêve, l'Ile de cauchemar
: une lecture de W ou le Souvenir d'enfance de Georges
Perec, mémoire de D.E.A., sous la direction de Mme Claude
Debon, université de Paris III, septembre 1998, 55 p. Page
9 : « nous ne nous représentons nullement ce que
peut être un crâne de mouton à la machoire
disloquée, mais nous comprenons : mouton, vaste étendue
sauvage, Pampa, Australie ; crâne, mort ; machoire disloquée,
violence (boxe ?) ». Et page 8 : « il semble que la
lecture ne décode pas un signe pour le transformer en image,
mais pour induire une valeur. »
(47) . Ce passage du chapitre XV, p. 106, fait suture
avec ce passage du chapitre de fiction suivant (XVI) : «
la présentation des Athlètes aux Officiels, lors
de l'ouverture des Olympiades, par exemple, affecte la forme d'un
W grandiose dessiné par les 264 concurrents » (p.
114). J'ai passé en revue toutes les occurrences des mots
dessin et dessiner repérées par Frank
Hoyer, sauf une, apparaissant dans la description d'une photo
de la mère : « Ses sourcils sont très fins
et bien dessinés. » (P. 70.)
(48) . L'écriture autobiographique, en particulier,
a eu ce rôle : « Je ne sais où se sont brisés
les fils de mon enfance. [] Mais l'enfance n'est ni nostalgie,
ni terreur, ni paradis perdu, ni Toison d'Or, mais peut-être
horizon, point de départ, coordonnées à partir
desquelles les axes de ma vie pourront trouver leur sens. »
(P. 21.)
(49) . Dans une variante du ms de Stockholm citée
par Bernard Magné lors de l'après-midi du 5 juin,
à l'Ecole normale supérieure : « dans les
blancs que dessine l'intervalle des lignes ». Dessin de
l'écriture et blanc ne s'opposent pas. Autrement dit, l'écriture
tait, cache autant qu'elle montre. La narration de W ou le
Souvenir d'enfance est discontinue, la partie autobiographique
n'explique pas tout. Le déchiffrement effectué par
le texte est incomplet, celui effectué lecteur ne peut
entièrement aboutir.
(50) . Rappelons que Perec n'a jamais pu « retrouver
de trace » de sa mère (p. 57). Dans la partie fiction,
ce motif est repris à de nombreuses reprises : notamment
p. 81 (« nous aurions retrouvé une trace, un indice,
quelque chose de lui, du sang, une mèche de ses cheveux,
un bonnet, une chaussure, n'importe quoi. »), p. 83 («
Comment avez-vous retrouvé ma trace ? »). A l'origine
de l'écriture, cette absence de trace : et l'écriture
se fait elle-même trace de cette absence. La page 59 explicite
cette relation : « je sais que ce que je dis est blanc,
est neutre, est signe une fois pour toutes d'un anéantissement
une fois pour toutes.
C'est cela que je dis, c'est cela que j'écris et c'est
cela seulement qui se trouve dans les mots que je trace »
(etc., la fin du passage est cité ci-dessus).
On trouve d'autres occurrences du nom trace et du verbe
tracer : ces mots reviennent souvent dans W ou le Souvenir
d'enfance et dans l'uvre de Perec, surtout quand il s'agit
de parler de l'écriture. (Je pense par exemple au chapitre
d'Espèces d'espaces consacré à la
page, p. 17-21.)