
(1)
« J'aime, je n'aime pas », dans L'Arc,
n° 76 (« Georges Perec »), 1979,
p. 38. Après une première mention en note, les
renvois à des oeuvres de Perec seront signalés par
les initiales du titre et le numéro de page dans le cours
du texte.
(2)
Idem. Le Sentiment géographique est un texte
de Michel Chaillou (Paris, Gallimard, coll. « Le Chemin »,
1976) où L'Astrée d'Honoré d'Urfé
se trouve relu dans le paysage du Forez qui lui sert de cadre
et donne voie à une méditation sur la littérature
et l'espace.
(3)
Paris, Galilée, 1974, p. 113.
(4)
Il s'agit en fait d'un schéma, lequel est en l'occurrence
la représentation cartographique d'un réel à
construire ou à aménager, d'un réel à
venir (quand la carte ou le plan sont des représentations
d'un espace géographique physique [la carte] ou humain
[le plan] déjà existant). Dans tous les cas, les
techniques de représentation de l'espace sont cependant
les mêmes, simplement plus abstraites dans le premier cas
car virtuelles mais demeurant de l'ordre de la topographie.
(5)
W ou le souvenir d'enfance, Paris, Denoël, 1975, p.
201 ; Je me souviens, Paris, Hachette, 1978, p. 21 (souvenir
37), p. 46 (souvenir 153) et p. 76 (souvenir 292) ; « 53
jours », Paris, P.O.L., 1989, p. 37.
(6)
« Georges Perec / Jean-Marie Le Sidaner »,
dans L'Arc, n° 76 ; repris dans Entretiens et Conférences,
2 vol., Nantes, Joseph K., 2003 (désormais abrégé
en EC1 ou EC2), vol. 2, p. 98.
(7)
Paris, Hachette, 1978 ; rééd. 1994, p. 459 et 460.
(8)
VME, p. 408. On trouve, dans le Georges Perec de
Claude Burgelin (Paris, Seuil, coll. « Les Contemporains »,
1988, p. 49) une reproduction de ce cartouche qui « authentifie »
en quelque sorte le texte de La Vie mode d'emploi. Le portulan
lui-même apparaît dans de nombreuses photos des intérieurs
de Perec qui sont reproduites dans le livre de Hans Hartje et
Jacques Neefs, Georges Perec. Images (Paris, Seuil, 1993)
aux pages 56, 67, 87, 160, 181.
(9)
« Pali, tu es ici : lis abécédaires,
lis portulan : l'un te sert-il ? A ce défi rattrapa
l'autre ? Vise-t-il auquel but rêvé tu perças
? » ; ce qui donne, en lecture rétrograde :
« [...] sacre ! Pute, vertubleu, qualité si
vertu à la part tarifé (décalitres ?) et
nul n'a lu trop s'il séria de ce basilic Iseut »
(première publication dans Change, n° 6, 1970
; repris dans La Clôture et autres poèmes,
Paris, Hachette, 1980, p. 45-53 ; citations p. 51 et p. 46 - nous
soulignons).
(10)
Le premier vers du poème 99 fait apparaître le mot
dans un contexte « optimiste » (même
si l'interprétation, comme dans tous les onzains d'Alphabets,
reste malaisée) : « Si n'a tu le portulan espoir
après îlot nu » (Paris, Galilée,
1985, n. p.)
(11)
« Il faut préciser que ce portulan constitue
une des rares permanences dans la vie de G.P. Il l'a suivi partout,
et partout il aura eu une place privilégiée. A gauche
de son bureau rue Linné, par exemple, avec, glissés
dans le bas du cadre, des messages importants ou périmés »
(Ela Bienenfeld, « Notes sur le livre de David Bellos »,
Cahiers Georges Perec n° 7, p. 101). Ajoutons
qu'un morceau agrandi de ce portulan constitue le fonds de la
couverture de l'édition originale d'Espèces d'espaces
(Paris, Galilée, 1974).
(12)
Il ne reste de ce projet qu'une vingtaine de feuillets manuscrits
ou dactylographiés constituant un ensemble de notes et
de passages rédigés ; dans l'une de ces notes, Perec
explique : « C'est d'abord une histoire très
simple. Deux individus se promènent dans Paris, de 6 h
du soir à 6 h du matin » et prévoit de
développer cette proposition narrative de base de manière
hiérarchisée, en commençant par « l'itinéraire
suivi » (Fonds Georges Perec, 119, 21, 22). C'est peut-être
cette démarche topographique ou l'importance accordée
à la topographie comme socle existentiel et scriptural
qui justifient le titre de ce projet.
(13)
A l'inverse, dans sa conférence « A propos de
la description », mentionnant un exposé prononcé
devant des étudiants en architecture, six mois plus tôt,
sur l'exploration d'un quartier parisien à la manière
des « réels » de Lieux faite
à la demande d'un enseignant, Perec semble faire un usage
péjoratif du terme « cartographique »
en quelque sorte connoté par un sème de déshumanisation
ou de trop grande globalité (mais il est vrai que c'est
alors dans un discours rapporté) : « [...] quelqu'un
a remarqué, quand j'ai fait cet exposé, que j'avais
fait un parcours qui était purement je ne peux même
pas dire topographique, qui était purement cartographique.
C'est-à-dire que j'avais fait le tour du périmètre,
j'étais rentré, disons, dans les pénétrations,
enfin, j'avais commencé à rentrer dans les petits
passages, etc., mais je n'avais jamais essayé de forcer,
je n'avais jamais essayé d'aller voir un peu plus loin
à quoi cela ressemblait » (EC 2, p. 233).
Quoique Perec ne précise pas plus ce point particulier,
reliant ensuite le caractère extérieur de sa relation
à ce lieu au fait qu'il ne le connaissait pas au préalable,
n'y avait aucun repère, on peut considérer comme
sous-jacente à cette constatation le fait que, la totalité
impliquant la globalité, elle est fréquemment accompagnée
sinon de déshumanisation du moins d'une inattention aux
singularités (sauf si, itératives, elles peuvent
devenir trait définitoire d'une identité).
(14)
Paris, Denoël, 1967 ; rééd. Gallimard, coll.
« Folio », 1995, p. 43.
(15)
Paris, Julliard, 1965 ; rééd. 1993, p. 99-100.
(16)
Ces deux articles ont été repris dans Cantatrix
Sopranica L., Paris, Seuil, coll. « La Librairie
du XXe
siècle ».
(17)
Transcrite par Eusébio Ricci et Eric Beaumatin dans les
Cahiers Georges Perec n° 6, p. 196-203 ; transcription
reprise dans EC 2, p. 329-338, sous le titre « Art
et poésie : le livre illustré » (citation
p. 334).
(18)
Reproduite dans : Jacques Neefs et Hans Hartje, Georges Perec.
Images, op. cit., p. 117. On trouve aussi, dans les
avant-textes de W ou le souvenir d'enfance, des dessins
de l'île faits par Perec pour justifier la phrase (WSE,
p. 89) : « Sa configuration affecte la forme d'un
crâne de mouton dont la mâchoire aurait été
passablement disloquée » (ms 71, 3, 77 ; dessins
reproduits dans la thèse de Delphine Godard, L'Identité
en question : une lecture de la partie fiction de W ou le
souvenir d'enfance de Georges Perec, Université
Paris III, 1996, p. 117 - un exemplaire de cette thèse
est consultable au siège de l'Association Georges Perec,
Bibliothèque de l'Arsenal, Paris).
(19)
On peut voir celui de la chambre occupée par Georges et
Paulette Perec lors de vacances à Tropea, en Italie, en
août 1965, reproduit dans : Hans Hartje et Jacques Neefs,
Georges Perec. Images (op. cit., p. 66) ; le plan
de l'appartement occupé par le couple rue Larbi-Zarouk
à Sfax, en Tunisie, a été présenté
par Danielle Constantin dans sa communication « Autobiographie
vespérale et lieux de sommeil tunisiens » prononcée
lors du colloque Perec et la mémoire des lieux, Tunis,
19 février 2003 (actes à paraître). Danielle
Constantin, qui étudie là le dossier génétique
de Lieux où j'ai dormi mentionne 29 plans ; en outre,
elle signale qu'on trouve des plans dans les avant-textes de Lieux
et de La Vie mode d'emploi ainsi que dans les carnets
où Perec notait ses rêves.
(20)
Loc. cit., p. 104.
(21)
« Entretien Georges Perec / Bernard Pous »,
EC 2, p. 194.
(22)
Dans son article « Quelques problèmes de l'énonciation
en régime fictionnel : l'exemple de La Vie mode d'emploi »,
Bernard Magné précise dans une note : « [...]
la carte de France et le portulan dont les légendes figurent
p. 259 et p. 408 appartenaient effectivement à Perec »
(dans Perecollages. 1981-1988, Toulouse, Presses de l'Université
du Mirail, 1989, n. 1, p. 72).
(23)
Dans « Georges Perec. Paris-nostalgie. Lieux, non-lieux,
et le hors-lieu de l'écriture » (dans Portrait(s)
de Georges Perec, sous la direction de Paulette Perec,
Paris, Bibliothèque Nationale de France, 2001,
p. 180-198), Régine Robin relie ce goût de Perec
pour cette France rassurante et mythologique d'école primaire
à un besoin de « se donner des lieux stables,
immobiles et intangibles » (p. 180) et cite à
l'appui de son analyse un extrait du commentaire rédigé
par Perec pour le film La Vie filmée des Français
évoquant « a France des cartes postales : les
pioupious aux yeux bleus enlaçant leurs fiancés
blondes, le coq au sommet des clochers, les conscrits légèrement
éméchés, la bonne franquette [...], la France
des livres d'école, le bel hexagone violet de l'Atlas de
géographie, la France avec ses cinq fleuves, ses quatre
mers et océans, ses deux chaînes et demi de montagnes,
la douceur de son climat, la richesse de son sous-sol, la blondeur
de ses moissons » (Fonds Georges Perec, Bibliothèque
de l'Arsenal, 34, 23). Comme souvent chez Perec, on est ici entre
nostalgie réelle et ironie active ; et cette ambiguïté
peut-être culpabilisante se retourne parfois en acidité
sarcastique, en lucidité linguistique, comme dans ce passage
d'Un homme qui dort où pourrait figurer la simplification
cartographique : « L'arbre n'a pas de morale à
te proposer, n'a pas de message à te délivrer. Sa
force, sa majesté, sa vie - si tu espères encore
tirer quelque sens, quelque courage, de ces anciennes métaphores
- ce ne sont jamais que des images, des bons points, aussi vains
que la paix des champs, que la traîtrise de l'eau qui dort,
la vaillance des petits sentiers qui grimpent pas bien haut mais
tout seuls, le sourire des côteaux où les grappes
mûrissent au soleil »(UHQD, p. 41).
(24)
« Quelques pièces pour un blason ou les sept
gestes de Perec », dans Portrait(s) de Georges Perec,
op. cit., p. 203-204. Voir aussi l'étude de cette
carte et de son rapport à la géométrie fantasmatique
du carré chez Perec dans : Bernard Magné, Georges
Perec, Paris, Nathan, coll. « 128 »,
1999, p. 81. Cette nouvelle actualisation dans l'oeuvre
du carré auquel manque le coin inférieur gauche
renvoie naturellement au souvenir de la lettre hébraïque.
On peut vouloir interpréter le tout (le souvenir et ce
qu'il génère dans l'écriture de Perec) comme
un « æncrage » du manque ; mais dans
la relation de ce souvenir de la lettre hébraïque
que Perec fait dans W ou le souvenir d'enfance, on aurait
tort de négliger des indications insistantes relatives
à la totalité qui indiquent à coup sûr
que les deux termes, manque et totalité, sont ici dans
un rapport étroit et qu'il est difficile de privilégier
l'un aux dépens de l'autre : « Le cercle de
la famille m'entoure complètement : cette sensation d'encerclement
ne s'accompagne pour moi d'aucun sentiment d'écrasement
ou de menace ; au contraire, elle est protection chaleureuse,
amour : toute la famille, la totalité, l'intégralité
de la famille est là, réunie autour de l'enfant
[...], comme un rempart infranchissable » (WSE,
p. 22 - nous soulignons). Dans La Mémoire et l'oblique,
Philippe Lejeune produit et étudie les sept versions existant
de ce souvenir (mais ne commente la présence de la totalité
de la famille de Perec qu'en ces termes : « au carré
ouvert, ébréché, béant, s'oppose le
cercle fermé qui forme rempart » [Paris, P.O.L.,
1991, p. 227]) ; il est intéressant de noter que
la mention de la totalité de la famille n'apparaît
que dans l'avant-dernière version (un « Vilin
souvenir » rédigé pour Lieux le
2 décembre 1972 : « Toute ma famille m'aurait
entouré, admirative ») pendant une tentative
d'audition intégrale du Ring de Wagner - curieuse
coïncidence de totalités ! Signalons enfin l'analyse
pertinente que fait de ce souvenir Andy leak (« W
/ Dans un réseau de lignes entrecroisées : souvenir,
souvenir-écran et construction dans W ou le souvenir
d'enfance », dans : Mireille Ribière éd.,
Parcours Perec, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1990,
p. 75-90) qui émet l'hypothèse que ce souvenir
archéologique est une manière de reconstruire « l'intégralité
du couple mère-enfant », couple initiateur de
toute nostalgie de la totalité chez l'humain, mais sans
pour autant conduire au pessimisme en dépit d'une conscience
aiguë des limites et des ruses de l'écriture : « Le
projet de souvenir que représente W ou le souvenir d'enfance
est d'autant plus difficilement réalisable que le moyen
dont il dispose - l'écriture - est né, dans le cas
de Perec, d'une disparition, que le mode de fonctionnement de
ce moyen implique lui-même l'abolition du réel. Mais
Perec ne succombe pas pour autant à ce pessimisme, ou scepticisme,
textuel qui est le dernier cri (d'impuissance) dans certains milieux
post-structuralistes actuels » (idem, p. 88).
Peut-être pouvons-nous risquer ici l'hypothèse que
les totalités (même partielles) que l'écriture
parvient à créer sont peut-être les meilleures
raisons de tout de même compter sur un pouvoir de l'écriture.
(25)
Livret Georges Perec / Bernard Noël du coffret de
quatre C.D. et deux livrets Georges Perec, Marseille, André
Dimanche, 1997, p. 33-34.
(26)
Dans Réelles présences. Les arts du sens, Paris,
Gallimard, 1991 (trad. de l'anglais par Michel R. de Pauw).
(27) Cahiers Georges
Perec n° 2, p. 61-73.
(28)
Cependant, contrairement à ce que laisse supposer Ewa Pawlikowska,
il n'y a pas superposition onomastique complète entre les
deux (« Hugh Barton qui est donc commandant de bord,
se retrouve dans l'index de VME où il est présenté
comme explorateur anglais »[idem, p. 65]) :
le Barton de W se prénomme Hugh tandis que celui
de La Vie mode d'emploi est crédité, pour
son prénom, de la lettre initiale « F. »
dans l'index.
(29)
Perec avait un instant envisagé de traiter la multiplicité
de l'immeuble du 11 rue Simon-Crubellier avec une technique simultanéiste,
comme en atteste, dans certaines pages du Cahier des charges
du roman, l'inscription en parallèle des contraintes apparaissant
dans le traitement de toutes les pièces d'un même
appartement, donnant ainsi à l'auteur « les
moyens de repérer et d'exploiter d'éventuelles relations
transversales entre des éléments que la distribution
algorithmique a disjoints mais que la cohérence diégétique
peut rendre perceptibles au lecteur » (Cahier des
charges de La Vie mode d'emploi, édité
par Hans Hartje, Bernard Magné et Jacques Neefs, Paris/Cadeilhan,
C.N.R.S./Zulma, 1993, note accompagnant la transcription du cahier
des charges du chapitre 2, n. p.).
(30)
Dans son article « Quelques problèmes de l'énonciation
en régime fictionnel : l'exemple de La Vie mode d'emploi »
Bernard Magné fait remarquer que certaines situations d'énonciation
du roman où apparaît un « nous »
(par exemple : « Maintenant nous sommes dans la pièce »)
équivalent à un repérage (même déceptif)
sur plan : « [...] le narrateur, décrivant au
narrataire le tableau de l'immeuble, recourt à cette figure
que tout promeneur égaré connaît bien, lorsqu'il
retrouve sur le plan salvateur la petite flèche généralement
accompagnée de l'affirmation « Vous êtes
ici », qui, dans le cas de La Vie mode d'emploi,
deviendrait quelque chose comme « Nous sommes ici » »
(dans Perecollages. 1981-1988, op. cit., p. 69) ; Bernard
Magné fait encore remarquer que certains personnages lecteurs
de plans du roman comme une camarade de Béatrice Breidel,
au chapitre VI, ou surtout l'employée de l'agence immobilière
du premier chapitre, peuvent apparaître comme des représentations
métatextuelles de ce « point »de
lecture.
(31)
« Georges Perec : "des règles pour être
libre" », entretien avec Claude Bonnefoy, Les
Nouvelles littéraires, n° 2575, 10 mars 1977 ;
reproduit dans EC 1, p. 206-208 ; citation p. 207.
(32)
Totalité « substantielle » et totalité
« relationnelle » sont des concepts élaborés
(avec l'aide d'Hegel) par Christian Godin dans la Totalité,
encyclopédie philosophique en 6 volumes et un prologue,
Seyssel, Champ Vallon, 1997-2003 (voir notamment le prologue,
p. 63).
(33)
Borges, Oeuvres complètes, Paris, Gallimard, « Bibliothèque
de la Pléiade », tome I, p. 350-351 (traduction
de Roger Caillois et Laure Guille).
(34)
Cette « impli-citation » a été
étudiée par Manet Van Montfrans lors d'une intervention
au séminaire Perec sur Perec et Proust (séance du
16 juin 2001), mais sans considération de son sens cartographique
ni de son inscription dans une présence réticulée
de l'intertexte des Mille et Une Nuits dans La Vie mode
d'emploi (et dans une perspective plutôt dysphorique),
Même perspective dysphorique chez Marie Miguet qui,
dans « Sentiments filiaux d'un prétendu parricide
: Perec » (Poétique, n° 54, avril
1983, p. 135-147), article où elle étudie le rapport
de Perec à Proust, voit dans cette citation implicite de
Proust du dernier chapitre de La Vie mode d'emploi « la
version pétrifiée, inanimée des pages proustiennes
consacrées à Venise et aux promenades qu'y effectue
le narrateur », parce que « le labyrinthe
dans lequel s'abîment les derniers regards de Bartlebooth
est affecté de toute une série de signes de dégradation
: il est représenté sur une aquarelle (avec donc
une connotation de fragilité) elle-même découpée
en puzzle. L'artiste l'a fait voisiner avec une eau morte, une
"bande de sable crayeuse, aride, plantée de genêts
rares et d'arbres nains" » (p. 145-146),
négligeant probablement ce fait que dans l'univers perecquien
une « carte parfaite » est un élément
à venir équilibrer tous les autres signes négatifs,
surtout chez un amateur de cartes comme l'était Bartlebooth.
(35)
Les Parties de dominos chez Monsieur Lefèvre. Perec
avec Freud - Perec contre Freud, Paris, Circé, 1996,
p. 39.
(36)
Proust, Albertine disparue, Paris, Gallimard, « Bibliothèque
de la Pléiade », A la recherche du temps
perdu, tome IV, 1989, p. 229-230.
(37)
Bernard Magné voit dans l'emploi de ce terme « esplanade »
une allusion au travail de « nivellement énonciatif
d'énoncés appartenant à des instances différentes »
(« Lavis mode d'emploi », dans Cahiers
Georges Perec n° 1, p. 242-243), travail d'aplanissement
de l'« impli-citation » qui masque l'hétérogénéité
du texte entretissé et contribue lui aussi à brouiller
ses degrés.
(38)
« J'ai fait imploser le roman », entretien
pour Galerie des arts (EC 1, p. 247).
(39)
Sur le « modèle » que Les Mille
et Une Nuits ont également constitué pour Proust,
voir : Dominique Jullien, Proust et ses modèles,
Paris, José Corti, 1989. Avant Proust, Balzac « se
flattait d'être l'auteur des Mille et Une Nuits de
l'Occident », comme le rappelle Jean-Yves Tadié
dans une note concernant Le Temps retrouvé dans
son édition de A la recherche du temps perdu pour
la « Bibliothèque de la Pléiade »
(Paris, Gallimard, 1989, tome IV, n. 1 se rapportant à
la p. 621, p. 1316).
(40)
Proust, Le Temps retrouvé, idem, p. 620-621.
(41)
Répondant au questionnaire de Proust que lui soumet Bernard
Pous, à la question « Quelle est votre héroïne
préférée dans la fiction ? »,
Perec répond : « Shéhérazade »(EC
2, p. 196).
(42)
Le texte du chapitre LXXX qui examine les raisons de l'échec
de Bartlebooth : d'une part élimine comme cause de l'échec
les petits défauts d'organisation, « failles
mineures qui ne mirent jamais en danger le système que
Bartlebooth avait voulu construire » (VME, p.
481), ce qui doit une fois encore nous inciter à ne pas
considérer comme forcément significatives les petites
erreurs ou approximations de l'écriture perecquienne, la
totalité se satisfaisant des grands traits ou s'accommodant
de flottements (Perec déclare par exemple à Claudette
Oriol-Boyer, à propos de La Vie mode d'emploi [EC
2, p. 164] : « [...] un jour, j'ai pensé
que ce carré latin pouvait très bien devenir un
immeuble dont on aurait enlevé la façade. Voici
donc cet immeuble de dix étages qui n'existe pas à
Paris, mais on n'en est pas à ça près,
avec le sous-sol, les caves, la chaufferie, la machinerie de l'ascenseur,
le rez-de-chaussée, la loge de concierge, une boutique
d'antiquités, puis les différentes étages
et la cage de l'ascenseur » [nous soulignons]) ; d'autre
part ne propose les contradictions internes du projet lui-même
(l'impossibilité de la totalisation ?) comme cause de l'échec
que dans une expression modalisée, c'est-à-dire
fortement soumise à l'hypothèse : « Il
est difficile de dire si le projet était réalisable,
si l'on pouvait en mener à bien l'accomplissement sans
le faire tôt ou tard s'écrouler sous le poids de
ses contradictions internes ou sous la seule usure de ses éléments
constitutifs. Et même si Bartlebooth n'avait pas perdu la
vue, il n'aurait quand même peut-être jamais pu achever
cette aventure implacable à laquelle il avait décidé
de consacrer sa vie » (VME, p. 482).
(43)
« Dans cette aventure [de la constitution des Mille
et Une Nuits], l'Egypte joue un rôle de premier plan.
Est-ce par hasard que, là aussi, on enregistra, rassembla,
répartit le trésor des Nuits, sans omettre
ni les contes qui naissaient sur place ni tous ces autres qui,
déjà rédigés à un moment quelconque,
ne faisaient pas partie de la littérature consacrée,
n'avaient pas l'honneur du catalogue et ne survivaient déjà
plus, peut-être, que de bouche à oreille ? Tout se
passe, dirait-on, comme si l'on avait voulu, dans l'Egypte des
XIe-XVIIe siècles,
enregistrer tout ce qui pouvait être sauvé, je dis
bien tout, et jusqu'à ce qui, auparavant, n'avait pas été
jugé digne de l'être. L'enregistrement du texte,
mais aussi le découpage des nuits, l'intervention des scribes
à travers la prose rimée ou la poésie, tout
participe, semble-t-il, de ce grand rêve de sauver une oeuvre
entière et, pour légitimer ce sauvetage, d'en faire
une oeuvre écrite, littéraire, au plein sens du
mot. » (André Miquel, préface aux Mille
et Une Nuits [contes choisis traduits en collaboration avec
Jamel Eddine Bencheikh], Paris, Gallimard, coll. « Folio »,
1991, tome I, p. 15.)
(44)
Andrée Chauvin, Hans Hartje, Véronique Larrivé
et Ian Monk, « Le "cahier des charges" d'Un
cabinet d'amateur », dans Cahiers Georges Perec
n° 6, p. 135.
(45)
« Dans cet empire, l'Art de la Cartographie parvint
à une telle Perfection que la Carte d'une seule Province
occupait toute une Ville et la Carte de l'Empire toute une Province.
Avec le temps, ces Cartes Démesurées ne donnèrent
plus de satisfaction et les Collèges de Cartographes levèrent
une Carte de l'Empire, qui avait le Format de l'Empire et qui
coïncidait point par point avec lui. » La traduction
que nous citons est celle de Roger Caillois, reprise dans Oeuvres
complètes, tome II, Paris, Gallimard, « Bibliothèque
de la Pléiade », p. 57. Ce texte a donné
lieu à diverses variations (dont celle d'Umberto Eco :
« De l'impossibilité d'établir une carte
de l'Empire à l'échelle 1/1 », dans :
Comment voyager avec un saumon. Nouveaux pastiches et postiches,
Paris, Grasset, 1997) et commentaires (voir notamment : Laurent
Grison, « L'Espace et son double », Mappemonde,
n° 52, décembre 1998).
(46)
« La nécessité d'avoir au complet [dans
Les Mille et Une Nuits] ces mille et une sections a obligé
les copistes de l'ouvrage à toutes sortes d'interpolations.
Aucune n'est plus troublante que celle de la six cent deuxième
Nuit, magique entre les nuits. Cette nuit-là, le roi entend
de la bouche de la reine sa propre histoire. Il entend l'histoire
initiale, qui embrasse toutes les autres, qui - monstrueusement
- s'embrasse elle-même. Le lecteur aperçoit-il clairement
la vaste possibilité, le curieux péril qui naissent
de cette interpolation ? Que la reine continue et le roi immobile
entendra pour toujours l'histoire tronquée des Mille
et Une Nuits, désormais infinie et circulaire Les inventions
de la philosophie ne sont pas moins fantastiques que celle de
l'art : Josiah Royce, dans le premier volume de The World and
the Individual (1899), a formulé celle-ci : "Imaginons
qu'une portion du sol de l'Angleterre ait été parfaitement
nivelée, et qu'un cartographe y trace une carte d'Angleterre.
L'ouvrage est parfait ; il n'est pas un détail du sol de
l'Angleterre, si réduit soit-il, qui ne soit enregistré
sur la carte ; tout s'y retrouve. Cette carte, dans ce cas, doit
contenir une carte de la carte, qui doit contenir une carte de
la carte de la carte, et ainsi jusqu'à l'infini" »
(Oeuvres complètes, Paris, Gallimard, « Bibliothèque
de la Pléiade », tome I, p. 708-709).
(47)
La Boutique obscure, Paris, Denoël, 1973, n. p., rêve
n° 15 et rêve n° 84. Ces rêves sont rappelés
dans Espèces d'espaces : « [...] j'ai
pensé à des rêves que j'avais faits [...],
découvrant dans mon propre appartement une pièce
que je connaissais pas »(EE, p. 49).
(48)
« La maison des romans », entretien avec
Jean-Jacques Brochier pour Le Magazine littéraire (EC
1, p. 238-239).
(49)
« Berliner Chronik » (« Chronique
berlinoise »), cité par Marc Sagnol dans : « Des
passages parisiens à la rue Simon-Crubellier. A propos
de quelques motifs benjaminiens chez Perec », Toulouse,
Littératures, n° 7, p. 96.
(50)
Pas à pas. Essai sur le cheminement quotidien en milieu
urbain, Paris, Seuil, 1979 (Georges Perec possédait
ce livre, qui figure dans le catalogue de sa bibliothèque
- disponible en ligne sur le site du Cabinet d'amateur,
p. 132, n° 1672). En outre, cette entreprise est décrite
et analysée par l'auteur dans « Tracés
urbains » (dans Cartes et figures de la terre,
Paris, Centre Georges Pompidou, Centre de Création Industrielle
[exposition du 24 mai au 17 novembre 1980], p. 132-133 - catalogue
auquel Perec participa avec Distribution spatio-temporelle
de Coscinoscera Victoria).
(51)
Dans le premier numéro d'Internationale Situationniste
(Juin 1958) est publié (p. 28) le « Relevé
de tous les trajets effectués en un an par une étudiante
habitant le XVIe arrondissement publié par Chombart de Lauwe
dans « Paris et l'agglomération parisienne »
(P.U.F.) ». Dans ce même premier numéro,
la carte totalisante du Petit Larousse illustré conclut
un article de Gilles Ivain intitulé « Formulaire
pour un urbanisme nouveau » (p. 20).
(52)
Cette « carte de vie » d'un vers à
l'échelle 1/1 est naturellement assimilable aux utopies
borgésiennes dont nous avons parlé ; qu'elle ait
été empruntée par Perec à Hans Bellmer
ne change rien au fait qu'elle a probablement retenu son attention
par la figuration d'une totalité qu'elle permet.
(53)
Paris, Editions de Minuit, coll. « Critique »,
1980, notamment p.19 sqq.
(54)
Voir une présentation de leur travail dans le catalogue
de l'exposition GNS consacrée à l'art contemporain
et la géographie, Paris, Palais de Tokyo, 5 juin
7 septembre 2003, Editions Cercle d'Art, p. 140-145 pour Mark
Lombardi ; p. 202-207 pour Stalker. Voir aussi, à propos
du groupe Stalker : Thierry Davila, Marcher, créer.
Déplacements, flâneries, dérives dans l'art
de la fin du XXe siècle, Paris,
Editions du Regard, 2002, p. 30 sqq. Signalons enfin, dans le
catalogue de l'exposition GNS, le travail cartographique
du plasticien belge Wim Delvoye explicitement affilié au
projet de Bartlebooth.
(55)
Catalogue de l'exposition GNS, op. cit., p. 63.
(56)
« Tu traînes. Tu imagines un classement des rues,
des quartiers, des immeubles : les quartiers fous, les quartiers
morts, les rues-marché, les rues-dortoir, les rues-cimetière,
les façades pelées, les façades rongées,
les façades rouillées, les façades masquées »
(UHQD, p. 59) ; « Tu inventes des périples
compliqués, hérissés d'interdits qui t'obligent
à de longs détours. Tu vas voir les monuments. Tu
dénombres les églises, les statues équestres,
les pissotières, les restaurants russes. Tu vas voir les
grands travaux le long des berges, près des portes, les
rues éventrées pareilles à des champs labourés,
les canalisations, les immeubles que l'on met à terre »(idem,
p. 69).
(57)
Loc. cit.
(58)
Citons par exemple le travail de Christine Buci-Glucksmann, L'oeil
cartographique de l'art, Paris, Galilée, 1996.
(59)
Une présentation des dernières recherches en la
matière est proposée par le Laboratoire « Esthétique
de l'interactivité » (ifi) de l'Université
Paris 8 sur le site internet : http://www.labart.univ-paris8.fr/ifi/