NOTES

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(1) « J'aime, je n'aime pas », dans L'Arc, n° 76 (« Georges Perec »), 1979, p. 38. Après une première mention en note, les renvois à des oeuvres de Perec seront signalés par les initiales du titre et le numéro de page dans le cours du texte.
(2) Idem. Le Sentiment géographique est un texte de Michel Chaillou (Paris, Gallimard, coll. « Le Chemin », 1976) où L'Astrée d'Honoré d'Urfé se trouve relu dans le paysage du Forez qui lui sert de cadre et donne voie à une méditation sur la littérature et l'espace.
(3) Paris, Galilée, 1974, p. 113.
(4) Il s'agit en fait d'un schéma, lequel est en l'occurrence la représentation cartographique d'un réel à construire ou à aménager, d'un réel à venir (quand la carte ou le plan sont des représentations d'un espace géographique physique [la carte] ou humain [le plan] déjà existant). Dans tous les cas, les techniques de représentation de l'espace sont cependant les mêmes, simplement plus abstraites dans le premier cas car virtuelles mais demeurant de l'ordre de la topographie.
(5) W ou le souvenir d'enfance, Paris, Denoël, 1975, p. 201 ; Je me souviens, Paris, Hachette, 1978, p. 21 (souvenir 37), p. 46 (souvenir 153) et p. 76 (souvenir 292) ; « 53 jours », Paris, P.O.L., 1989, p. 37.
(6) « Georges Perec / Jean-Marie Le Sidaner », dans L'Arc, n° 76 ; repris dans Entretiens et Conférences, 2 vol., Nantes, Joseph K., 2003 (désormais abrégé en EC1 ou EC2), vol. 2, p. 98.
(7) Paris, Hachette, 1978 ; rééd. 1994, p. 459 et 460.
(8) VME, p. 408. On trouve, dans le Georges Perec de Claude Burgelin (Paris, Seuil, coll. « Les Contemporains », 1988, p. 49) une reproduction de ce cartouche qui « authentifie » en quelque sorte le texte de La Vie mode d'emploi. Le portulan lui-même apparaît dans de nombreuses photos des intérieurs de Perec qui sont reproduites dans le livre de Hans Hartje et Jacques Neefs, Georges Perec. Images (Paris, Seuil, 1993) aux pages 56, 67, 87, 160, 181.
(9) « Pali, tu es ici : lis abécédaires, lis portulan : l'un te sert-il ? A ce défi rattrapa l'autre ? Vise-t-il auquel but rêvé tu perças ? » ; ce qui donne, en lecture rétrograde : « [...] sacre ! Pute, vertubleu, qualité si vertu à la part tarifé (décalitres ?) et nul n'a lu trop s'il séria de ce basilic Iseut » (première publication dans Change, n° 6, 1970 ; repris dans La Clôture et autres poèmes, Paris, Hachette, 1980, p. 45-53 ; citations p. 51 et p. 46 - nous soulignons).
(10) Le premier vers du poème 99 fait apparaître le mot dans un contexte « optimiste » (même si l'interprétation, comme dans tous les onzains d'Alphabets, reste malaisée) : « Si n'a tu le portulan espoir après îlot nu » (Paris, Galilée, 1985, n. p.)
(11) « Il faut préciser que ce portulan constitue une des rares permanences dans la vie de G.P. Il l'a suivi partout, et partout il aura eu une place privilégiée. A gauche de son bureau rue Linné, par exemple, avec, glissés dans le bas du cadre, des messages importants ou périmés » (Ela Bienenfeld, « Notes sur le livre de David Bellos », Cahiers Georges Perec n° 7, p. 101). Ajoutons qu'un morceau agrandi de ce portulan constitue le fonds de la couverture de l'édition originale d'Espèces d'espaces (Paris, Galilée, 1974).
(12) Il ne reste de ce projet qu'une vingtaine de feuillets manuscrits ou dactylographiés constituant un ensemble de notes et de passages rédigés ; dans l'une de ces notes, Perec explique : « C'est d'abord une histoire très simple. Deux individus se promènent dans Paris, de 6 h du soir à 6 h du matin » et prévoit de développer cette proposition narrative de base de manière hiérarchisée, en commençant par « l'itinéraire suivi » (Fonds Georges Perec, 119, 21, 22). C'est peut-être cette démarche topographique ou l'importance accordée à la topographie comme socle existentiel et scriptural qui justifient le titre de ce projet.
(13) A l'inverse, dans sa conférence « A propos de la description », mentionnant un exposé prononcé devant des étudiants en architecture, six mois plus tôt, sur l'exploration d'un quartier parisien à la manière des « réels » de Lieux faite à la demande d'un enseignant, Perec semble faire un usage péjoratif du terme « cartographique » en quelque sorte connoté par un sème de déshumanisation ou de trop grande globalité (mais il est vrai que c'est alors dans un discours rapporté) : « [...] quelqu'un a remarqué, quand j'ai fait cet exposé, que j'avais fait un parcours qui était purement je ne peux même pas dire topographique, qui était purement cartographique. C'est-à-dire que j'avais fait le tour du périmètre, j'étais rentré, disons, dans les pénétrations, enfin, j'avais commencé à rentrer dans les petits passages, etc., mais je n'avais jamais essayé de forcer, je n'avais jamais essayé d'aller voir un peu plus loin à quoi cela ressemblait » (EC 2, p. 233). Quoique Perec ne précise pas plus ce point particulier, reliant ensuite le caractère extérieur de sa relation à ce lieu au fait qu'il ne le connaissait pas au préalable, n'y avait aucun repère, on peut considérer comme sous-jacente à cette constatation le fait que, la totalité impliquant la globalité, elle est fréquemment accompagnée sinon de déshumanisation du moins d'une inattention aux singularités (sauf si, itératives, elles peuvent devenir trait définitoire d'une identité).
(14) Paris, Denoël, 1967 ; rééd. Gallimard, coll. « Folio », 1995, p. 43.
(15) Paris, Julliard, 1965 ; rééd. 1993, p. 99-100.
(16) Ces deux articles ont été repris dans Cantatrix Sopranica L., Paris, Seuil, coll. « La Librairie du XXe siècle ».
(17) Transcrite par Eusébio Ricci et Eric Beaumatin dans les Cahiers Georges Perec n° 6, p. 196-203 ; transcription reprise dans EC 2, p. 329-338, sous le titre « Art et poésie : le livre illustré » (citation p. 334).
(18) Reproduite dans : Jacques Neefs et Hans Hartje, Georges Perec. Images, op. cit., p. 117. On trouve aussi, dans les avant-textes de W ou le souvenir d'enfance, des dessins de l'île faits par Perec pour justifier la phrase (WSE, p. 89) : « Sa configuration affecte la forme d'un crâne de mouton dont la mâchoire aurait été passablement disloquée » (ms 71, 3, 77 ; dessins reproduits dans la thèse de Delphine Godard, L'Identité en question : une lecture de la partie fiction de W ou le souvenir d'enfance de Georges Perec, Université Paris III, 1996, p. 117 - un exemplaire de cette thèse est consultable au siège de l'Association Georges Perec, Bibliothèque de l'Arsenal, Paris).
(19) On peut voir celui de la chambre occupée par Georges et Paulette Perec lors de vacances à Tropea, en Italie, en août 1965, reproduit dans : Hans Hartje et Jacques Neefs, Georges Perec. Images (op. cit., p. 66) ; le plan de l'appartement occupé par le couple rue Larbi-Zarouk à Sfax, en Tunisie, a été présenté par Danielle Constantin dans sa communication « Autobiographie vespérale et lieux de sommeil tunisiens » prononcée lors du colloque Perec et la mémoire des lieux, Tunis, 19 février 2003 (actes à paraître). Danielle Constantin, qui étudie là le dossier génétique de Lieux où j'ai dormi mentionne 29 plans ; en outre, elle signale qu'on trouve des plans dans les avant-textes de Lieux et de La Vie mode d'emploi ainsi que dans les carnets où Perec notait ses rêves.
(20) Loc. cit., p. 104.
(21) « Entretien Georges Perec / Bernard Pous », EC 2, p. 194.
(22) Dans son article « Quelques problèmes de l'énonciation en régime fictionnel : l'exemple de La Vie mode d'emploi », Bernard Magné précise dans une note : « [...] la carte de France et le portulan dont les légendes figurent p. 259 et p. 408 appartenaient effectivement à Perec » (dans Perecollages. 1981-1988, Toulouse, Presses de l'Université du Mirail, 1989, n. 1, p. 72).
(23) Dans « Georges Perec. Paris-nostalgie. Lieux, non-lieux, et le hors-lieu de l'écriture » (dans Portrait(s) de Georges Perec, sous la direction de Paulette Perec, Paris, Bibliothèque Nationale de France, 2001, p. 180-198), Régine Robin relie ce goût de Perec pour cette France rassurante et mythologique d'école primaire à un besoin de « se donner des lieux stables, immobiles et intangibles » (p. 180) et cite à l'appui de son analyse un extrait du commentaire rédigé par Perec pour le film La Vie filmée des Français évoquant « a France des cartes postales : les pioupious aux yeux bleus enlaçant leurs fiancés blondes, le coq au sommet des clochers, les conscrits légèrement éméchés, la bonne franquette [...], la France des livres d'école, le bel hexagone violet de l'Atlas de géographie, la France avec ses cinq fleuves, ses quatre mers et océans, ses deux chaînes et demi de montagnes, la douceur de son climat, la richesse de son sous-sol, la blondeur de ses moissons » (Fonds Georges Perec, Bibliothèque de l'Arsenal, 34, 23). Comme souvent chez Perec, on est ici entre nostalgie réelle et ironie active ; et cette ambiguïté peut-être culpabilisante se retourne parfois en acidité sarcastique, en lucidité linguistique, comme dans ce passage d'Un homme qui dort où pourrait figurer la simplification cartographique : « L'arbre n'a pas de morale à te proposer, n'a pas de message à te délivrer. Sa force, sa majesté, sa vie - si tu espères encore tirer quelque sens, quelque courage, de ces anciennes métaphores - ce ne sont jamais que des images, des bons points, aussi vains que la paix des champs, que la traîtrise de l'eau qui dort, la vaillance des petits sentiers qui grimpent pas bien haut mais tout seuls, le sourire des côteaux où les grappes mûrissent au soleil »(UHQD, p. 41).
(24) « Quelques pièces pour un blason ou les sept gestes de Perec », dans Portrait(s) de Georges Perec, op. cit., p. 203-204. Voir aussi l'étude de cette carte et de son rapport à la géométrie fantasmatique du carré chez Perec dans : Bernard Magné, Georges Perec, Paris, Nathan, coll. « 128 », 1999, p. 81. Cette nouvelle actualisation dans l'oeuvre du carré auquel manque le coin inférieur gauche renvoie naturellement au souvenir de la lettre hébraïque. On peut vouloir interpréter le tout (le souvenir et ce qu'il génère dans l'écriture de Perec) comme un « æncrage » du manque ; mais dans la relation de ce souvenir de la lettre hébraïque que Perec fait dans W ou le souvenir d'enfance, on aurait tort de négliger des indications insistantes relatives à la totalité qui indiquent à coup sûr que les deux termes, manque et totalité, sont ici dans un rapport étroit et qu'il est difficile de privilégier l'un aux dépens de l'autre : « Le cercle de la famille m'entoure complètement : cette sensation d'encerclement ne s'accompagne pour moi d'aucun sentiment d'écrasement ou de menace ; au contraire, elle est protection chaleureuse, amour : toute la famille, la totalité, l'intégralité de la famille est là, réunie autour de l'enfant [...], comme un rempart infranchissable » (WSE, p. 22 - nous soulignons). Dans La Mémoire et l'oblique, Philippe Lejeune produit et étudie les sept versions existant de ce souvenir (mais ne commente la présence de la totalité de la famille de Perec qu'en ces termes : « au carré ouvert, ébréché, béant, s'oppose le cercle fermé qui forme rempart » [Paris, P.O.L., 1991, p. 227]) ; il est intéressant de noter que la mention de la totalité de la famille n'apparaît que dans l'avant-dernière version (un « Vilin souvenir » rédigé pour Lieux le 2 décembre 1972 : « Toute ma famille m'aurait entouré, admirative ») pendant une tentative d'audition intégrale du Ring de Wagner - curieuse coïncidence de totalités ! Signalons enfin l'analyse pertinente que fait de ce souvenir Andy leak (« W / Dans un réseau de lignes entrecroisées : souvenir, souvenir-écran et construction dans W ou le souvenir d'enfance », dans : Mireille Ribière éd., Parcours Perec, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1990, p. 75-90) qui émet l'hypothèse que ce souvenir archéologique est une manière de reconstruire « l'intégralité du couple mère-enfant », couple initiateur de toute nostalgie de la totalité chez l'humain, mais sans pour autant conduire au pessimisme en dépit d'une conscience aiguë des limites et des ruses de l'écriture : « Le projet de souvenir que représente W ou le souvenir d'enfance est d'autant plus difficilement réalisable que le moyen dont il dispose - l'écriture - est né, dans le cas de Perec, d'une disparition, que le mode de fonctionnement de ce moyen implique lui-même l'abolition du réel. Mais Perec ne succombe pas pour autant à ce pessimisme, ou scepticisme, textuel qui est le dernier cri (d'impuissance) dans certains milieux post-structuralistes actuels » (idem, p. 88). Peut-être pouvons-nous risquer ici l'hypothèse que les totalités (même partielles) que l'écriture parvient à créer sont peut-être les meilleures raisons de tout de même compter sur un pouvoir de l'écriture.
(25) Livret Georges Perec / Bernard Noël du coffret de quatre C.D. et deux livrets Georges Perec, Marseille, André Dimanche, 1997, p. 33-34.
(26) Dans Réelles présences. Les arts du sens, Paris, Gallimard, 1991 (trad. de l'anglais par Michel R. de Pauw).
(27) Cahiers Georges Perec 2, p. 61-73.
(28) Cependant, contrairement à ce que laisse supposer Ewa Pawlikowska, il n'y a pas superposition onomastique complète entre les deux (« Hugh Barton qui est donc commandant de bord, se retrouve dans l'index de VME où il est présenté comme explorateur anglais »[idem, p. 65]) : le Barton de W se prénomme Hugh tandis que celui de La Vie mode d'emploi est crédité, pour son prénom, de la lettre initiale « F. » dans l'index.
(29) Perec avait un instant envisagé de traiter la multiplicité de l'immeuble du 11 rue Simon-Crubellier avec une technique simultanéiste, comme en atteste, dans certaines pages du Cahier des charges du roman, l'inscription en parallèle des contraintes apparaissant dans le traitement de toutes les pièces d'un même appartement, donnant ainsi à l'auteur « les moyens de repérer et d'exploiter d'éventuelles relations transversales entre des éléments que la distribution algorithmique a disjoints mais que la cohérence diégétique peut rendre perceptibles au lecteur » (Cahier des charges de La Vie mode d'emploi, édité par Hans Hartje, Bernard Magné et Jacques Neefs, Paris/Cadeilhan, C.N.R.S./Zulma, 1993, note accompagnant la transcription du cahier des charges du chapitre 2, n. p.).
(30) Dans son article « Quelques problèmes de l'énonciation en régime fictionnel : l'exemple de La Vie mode d'emploi » Bernard Magné fait remarquer que certaines situations d'énonciation du roman où apparaît un « nous » (par exemple : « Maintenant nous sommes dans la pièce ») équivalent à un repérage (même déceptif) sur plan : « [...] le narrateur, décrivant au narrataire le tableau de l'immeuble, recourt à cette figure que tout promeneur égaré connaît bien, lorsqu'il retrouve sur le plan salvateur la petite flèche généralement accompagnée de l'affirmation « Vous êtes ici », qui, dans le cas de La Vie mode d'emploi, deviendrait quelque chose comme « Nous sommes ici » » (dans Perecollages. 1981-1988, op. cit., p. 69) ; Bernard Magné fait encore remarquer que certains personnages lecteurs de plans du roman comme une camarade de Béatrice Breidel, au chapitre VI, ou surtout l'employée de l'agence immobilière du premier chapitre, peuvent apparaître comme des représentations métatextuelles de ce « point »de lecture.
(31) « Georges Perec : "des règles pour être libre" », entretien avec Claude Bonnefoy, Les Nouvelles littéraires, n° 2575, 10 mars 1977 ; reproduit dans EC 1, p. 206-208 ; citation p. 207.
(32) Totalité « substantielle » et totalité « relationnelle » sont des concepts élaborés (avec l'aide d'Hegel) par Christian Godin dans la Totalité, encyclopédie philosophique en 6 volumes et un prologue, Seyssel, Champ Vallon, 1997-2003 (voir notamment le prologue, p. 63).
(33) Borges, Oeuvres complètes, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », tome I, p. 350-351 (traduction de Roger Caillois et Laure Guille).
(34) Cette « impli-citation » a été étudiée par Manet Van Montfrans lors d'une intervention au séminaire Perec sur Perec et Proust (séance du 16 juin 2001), mais sans considération de son sens cartographique ni de son inscription dans une présence réticulée de l'intertexte des Mille et Une Nuits dans La Vie mode d'emploi (et dans une perspective plutôt dysphorique), Même perspective dysphorique chez Marie Miguet qui, dans « Sentiments filiaux d'un prétendu parricide : Perec » (Poétique, n° 54, avril 1983, p. 135-147), article où elle étudie le rapport de Perec à Proust, voit dans cette citation implicite de Proust du dernier chapitre de La Vie mode d'emploi « la version pétrifiée, inanimée des pages proustiennes consacrées à Venise et aux promenades qu'y effectue le narrateur », parce que « le labyrinthe dans lequel s'abîment les derniers regards de Bartlebooth est affecté de toute une série de signes de dégradation : il est représenté sur une aquarelle (avec donc une connotation de fragilité) elle-même découpée en puzzle. L'artiste l'a fait voisiner avec une eau morte, une "bande de sable crayeuse, aride, plantée de genêts rares et d'arbres nains" » (p. 145-146), négligeant probablement ce fait que dans l'univers perecquien une « carte parfaite » est un élément à venir équilibrer tous les autres signes négatifs, surtout chez un amateur de cartes comme l'était Bartlebooth.
(35) Les Parties de dominos chez Monsieur Lefèvre. Perec avec Freud - Perec contre Freud, Paris, Circé, 1996, p. 39.
(36) Proust, Albertine disparue, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », A la recherche du temps perdu, tome IV, 1989, p. 229-230.
(37) Bernard Magné voit dans l'emploi de ce terme « esplanade » une allusion au travail de « nivellement énonciatif d'énoncés appartenant à des instances différentes » (« Lavis mode d'emploi », dans Cahiers Georges Perec n° 1, p. 242-243), travail d'aplanissement de l'« impli-citation » qui masque l'hétérogénéité du texte entretissé et contribue lui aussi à brouiller ses degrés.
(38) « J'ai fait imploser le roman », entretien pour Galerie des arts (EC 1, p. 247).
(39) Sur le « modèle » que Les Mille et Une Nuits ont également constitué pour Proust, voir : Dominique Jullien, Proust et ses modèles, Paris, José Corti, 1989. Avant Proust, Balzac « se flattait d'être l'auteur des Mille et Une Nuits de l'Occident », comme le rappelle Jean-Yves Tadié dans une note concernant Le Temps retrouvé dans son édition de A la recherche du temps perdu pour la « Bibliothèque de la Pléiade » (Paris, Gallimard, 1989, tome IV, n. 1 se rapportant à la p. 621, p. 1316).
(40) Proust, Le Temps retrouvé, idem, p. 620-621.
(41) Répondant au questionnaire de Proust que lui soumet Bernard Pous, à la question « Quelle est votre héroïne préférée dans la fiction ? », Perec répond : « Shéhérazade »(EC 2, p. 196).
(42) Le texte du chapitre LXXX qui examine les raisons de l'échec de Bartlebooth : d'une part élimine comme cause de l'échec les petits défauts d'organisation, « failles mineures qui ne mirent jamais en danger le système que Bartlebooth avait voulu construire » (VME, p. 481), ce qui doit une fois encore nous inciter à ne pas considérer comme forcément significatives les petites erreurs ou approximations de l'écriture perecquienne, la totalité se satisfaisant des grands traits ou s'accommodant de flottements (Perec déclare par exemple à Claudette Oriol-Boyer, à propos de La Vie mode d'emploi [EC 2, p. 164] : « [...] un jour, j'ai pensé que ce carré latin pouvait très bien devenir un immeuble dont on aurait enlevé la façade. Voici donc cet immeuble de dix étages qui n'existe pas à Paris, mais on n'en est pas à ça près, avec le sous-sol, les caves, la chaufferie, la machinerie de l'ascenseur, le rez-de-chaussée, la loge de concierge, une boutique d'antiquités, puis les différentes étages et la cage de l'ascenseur » [nous soulignons]) ; d'autre part ne propose les contradictions internes du projet lui-même (l'impossibilité de la totalisation ?) comme cause de l'échec que dans une expression modalisée, c'est-à-dire fortement soumise à l'hypothèse : « Il est difficile de dire si le projet était réalisable, si l'on pouvait en mener à bien l'accomplissement sans le faire tôt ou tard s'écrouler sous le poids de ses contradictions internes ou sous la seule usure de ses éléments constitutifs. Et même si Bartlebooth n'avait pas perdu la vue, il n'aurait quand même peut-être jamais pu achever cette aventure implacable à laquelle il avait décidé de consacrer sa vie » (VME, p. 482).
(43) « Dans cette aventure [de la constitution des Mille et Une Nuits], l'Egypte joue un rôle de premier plan. Est-ce par hasard que, là aussi, on enregistra, rassembla, répartit le trésor des Nuits, sans omettre ni les contes qui naissaient sur place ni tous ces autres qui, déjà rédigés à un moment quelconque, ne faisaient pas partie de la littérature consacrée, n'avaient pas l'honneur du catalogue et ne survivaient déjà plus, peut-être, que de bouche à oreille ? Tout se passe, dirait-on, comme si l'on avait voulu, dans l'Egypte des XIe-XVIIe siècles, enregistrer tout ce qui pouvait être sauvé, je dis bien tout, et jusqu'à ce qui, auparavant, n'avait pas été jugé digne de l'être. L'enregistrement du texte, mais aussi le découpage des nuits, l'intervention des scribes à travers la prose rimée ou la poésie, tout participe, semble-t-il, de ce grand rêve de sauver une oeuvre entière et, pour légitimer ce sauvetage, d'en faire une oeuvre écrite, littéraire, au plein sens du mot. » (André Miquel, préface aux Mille et Une Nuits [contes choisis traduits en collaboration avec Jamel Eddine Bencheikh], Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1991, tome I, p. 15.)
(44) Andrée Chauvin, Hans Hartje, Véronique Larrivé et Ian Monk, « Le "cahier des charges" d'Un cabinet d'amateur », dans Cahiers Georges Perec n° 6, p. 135.
(45) « Dans cet empire, l'Art de la Cartographie parvint à une telle Perfection que la Carte d'une seule Province occupait toute une Ville et la Carte de l'Empire toute une Province. Avec le temps, ces Cartes Démesurées ne donnèrent plus de satisfaction et les Collèges de Cartographes levèrent une Carte de l'Empire, qui avait le Format de l'Empire et qui coïncidait point par point avec lui. » La traduction que nous citons est celle de Roger Caillois, reprise dans Oeuvres complètes, tome II, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », p. 57. Ce texte a donné lieu à diverses variations (dont celle d'Umberto Eco : « De l'impossibilité d'établir une carte de l'Empire à l'échelle 1/1 », dans : Comment voyager avec un saumon. Nouveaux pastiches et postiches, Paris, Grasset, 1997) et commentaires (voir notamment : Laurent Grison, « L'Espace et son double », Mappemonde, n° 52, décembre 1998).
(46) « La nécessité d'avoir au complet [dans Les Mille et Une Nuits] ces mille et une sections a obligé les copistes de l'ouvrage à toutes sortes d'interpolations. Aucune n'est plus troublante que celle de la six cent deuxième Nuit, magique entre les nuits. Cette nuit-là, le roi entend de la bouche de la reine sa propre histoire. Il entend l'histoire initiale, qui embrasse toutes les autres, qui - monstrueusement - s'embrasse elle-même. Le lecteur aperçoit-il clairement la vaste possibilité, le curieux péril qui naissent de cette interpolation ? Que la reine continue et le roi immobile entendra pour toujours l'histoire tronquée des Mille et Une Nuits, désormais infinie et circulaire Les inventions de la philosophie ne sont pas moins fantastiques que celle de l'art : Josiah Royce, dans le premier volume de The World and the Individual (1899), a formulé celle-ci : "Imaginons qu'une portion du sol de l'Angleterre ait été parfaitement nivelée, et qu'un cartographe y trace une carte d'Angleterre. L'ouvrage est parfait ; il n'est pas un détail du sol de l'Angleterre, si réduit soit-il, qui ne soit enregistré sur la carte ; tout s'y retrouve. Cette carte, dans ce cas, doit contenir une carte de la carte, qui doit contenir une carte de la carte de la carte, et ainsi jusqu'à l'infini" » (Oeuvres complètes, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », tome I, p. 708-709).
(47) La Boutique obscure, Paris, Denoël, 1973, n. p., rêve n° 15 et rêve n° 84. Ces rêves sont rappelés dans Espèces d'espaces : « [...] j'ai pensé à des rêves que j'avais faits [...], découvrant dans mon propre appartement une pièce que je connaissais pas »(EE, p. 49).
(48) « La maison des romans », entretien avec Jean-Jacques Brochier pour Le Magazine littéraire (EC 1, p. 238-239).
(49) « Berliner Chronik » (« Chronique berlinoise »), cité par Marc Sagnol dans : « Des passages parisiens à la rue Simon-Crubellier. A propos de quelques motifs benjaminiens chez Perec », Toulouse, Littératures, n° 7, p. 96.
(50) Pas à pas. Essai sur le cheminement quotidien en milieu urbain, Paris, Seuil, 1979 (Georges Perec possédait ce livre, qui figure dans le catalogue de sa bibliothèque - disponible en ligne sur le site du Cabinet d'amateur, p. 132, n° 1672). En outre, cette entreprise est décrite et analysée par l'auteur dans « Tracés urbains » (dans Cartes et figures de la terre, Paris, Centre Georges Pompidou, Centre de Création Industrielle [exposition du 24 mai au 17 novembre 1980], p. 132-133 - catalogue auquel Perec participa avec Distribution spatio-temporelle de Coscinoscera Victoria).
(51) Dans le premier numéro d'Internationale Situationniste (Juin 1958) est publié (p. 28) le « Relevé de tous les trajets effectués en un an par une étudiante habitant le XVIe arrondissement publié par Chombart de Lauwe dans « Paris et l'agglomération parisienne » (P.U.F.) ». Dans ce même premier numéro, la carte totalisante du Petit Larousse illustré conclut un article de Gilles Ivain intitulé « Formulaire pour un urbanisme nouveau » (p. 20).
(52) Cette « carte de vie » d'un vers à l'échelle 1/1 est naturellement assimilable aux utopies borgésiennes dont nous avons parlé ; qu'elle ait été empruntée par Perec à Hans Bellmer ne change rien au fait qu'elle a probablement retenu son attention par la figuration d'une totalité qu'elle permet.
(53) Paris, Editions de Minuit, coll. « Critique », 1980, notamment p.19 sqq.
(54) Voir une présentation de leur travail dans le catalogue de l'exposition GNS consacrée à l'art contemporain et la géographie, Paris, Palais de Tokyo, 5 juin ­ 7 septembre 2003, Editions Cercle d'Art, p. 140-145 pour Mark Lombardi ; p. 202-207 pour Stalker. Voir aussi, à propos du groupe Stalker : Thierry Davila, Marcher, créer. Déplacements, flâneries, dérives dans l'art de la fin du XXe siècle, Paris, Editions du Regard, 2002, p. 30 sqq. Signalons enfin, dans le catalogue de l'exposition GNS, le travail cartographique du plasticien belge Wim Delvoye explicitement affilié au projet de Bartlebooth.
(55) Catalogue de l'exposition GNS, op. cit., p. 63.
(56) « Tu traînes. Tu imagines un classement des rues, des quartiers, des immeubles : les quartiers fous, les quartiers morts, les rues-marché, les rues-dortoir, les rues-cimetière, les façades pelées, les façades rongées, les façades rouillées, les façades masquées » (UHQD, p. 59) ; « Tu inventes des périples compliqués, hérissés d'interdits qui t'obligent à de longs détours. Tu vas voir les monuments. Tu dénombres les églises, les statues équestres, les pissotières, les restaurants russes. Tu vas voir les grands travaux le long des berges, près des portes, les rues éventrées pareilles à des champs labourés, les canalisations, les immeubles que l'on met à terre »(idem, p. 69).
(57) Loc. cit.
(58) Citons par exemple le travail de Christine Buci-Glucksmann, L'oeil cartographique de l'art, Paris, Galilée, 1996.
(59) Une présentation des dernières recherches en la matière est proposée par le Laboratoire « Esthétique de l'interactivité » (ifi) de l'Université Paris 8 sur le site internet : http://www.labart.univ-paris8.fr/ifi/